Jaurès, une voix pour la paix


Pour Jaurès, et il ne se privera pas de le répéter tout au long de sa vie, la paix civile et la paix sociale sont profondément liées.

« Il n’y a qu’un moyen d’abolir la guerre entre les peuples, c’est abolir la guerre économique, le désordre de la société présente, c’est de substituer à la lutte universelle pour la vie — qui aboutit à la lutte universelle sur les champs de bataille — un régime de concorde sociale et d’unité. »

Durant les dix dernières années de sa vie, il va lutter avec acharnement contre la venue de la guerre en Europe. Il est inquiet face à la montée des nationalismes et préoccupé par les rivalités entre les grandes puissances (surtout pendant les guerres balkaniques en 1912-1913).

En 1910, il rédige une proposition de loi consacrée à l’Armée Nouvelle, dans laquelle il préconise une organisation de la Défense nationale fondée sur la préparation militaire de l’ensemble de la Nation. Il mène une vigoureuse campagne contre la Loi des trois ans de service militaire, défendue ardemment par le député Émile Driant. La loi est votée en 1913 malgré le rassemblement du Pré-Saint-Gervais, le 25 mai1913, où Jaurès fait un discours devant 150 000 personnes.

L’année 1914 semble relancer les espoirs de paix : la guerre dans les Balkans est finie, les élections en France sont un succès pour les socialistes. Mais l’attentat de Sarajevo le 28 juin 1914 et l’ultimatum autrichien à la Serbie du 23 juillet 1914 relancent les tensions entre les grandes puissances.

Jaurès tente d’infléchir  la politique gouvernementale dans un sens favorable à la paix. Il rappelle notamment le mot d’ordre de grève générale décidé par l’Internationale ouvrière en cas de déclenchement de la guerre.

« Tandis que tous les peuples et tous les gouvernements veulent la paix, malgré tous les congrès de la philanthropie internationale, la guerre peut naître toujours, d’un hasard toujours possible… Toujours votre société violente et chaotique, même quand elle veut la paix, même quand elle est à l’état d’apparent repos, porte en elle la guerre, comme une nuée dormante porte l’orage. »