L’écriture du spectacle


Le texte

Claude Moreau a demandé à Jean-Louis Sagot-Duvauroux* écrivain et philosophe d’écrire le texte du spectacle. Ils avaient déjà travaillé ensemble pour le spectacle « Toussaint Louverture » créé au Sommet de la francophonie de Dakar.

Le propos

Un jeune homme, étudiant, écrit un mémoire sur le thème «  Jaurès, une voix pour la maix ». Il interroge son arrière grand-mère, une Carmausine fille de mineurs née le 31 juillet 1914, jour de l’assassinat de Jaurès. Ces dialogues mettent en miroir la pensée du grand homme, l’histoire de la mine et les souvenirs de la vieille dame, depuis les récits de ses parents qui plongent dans le XIXe siècle jusqu’à l’époque contemporaine. Le jeune homme, métis, symbolise le nouveau contexte du combat pour la paix dans une société mondialisée.

La parole de Jaurès apparaît à travers les propos du jeune étudiant, les souvenirs de la vieille dame et des voix off ou des projections. Les dialogues entre les deux protagonistes introduisent des scènes chaque fois thématisées autour d’une problématique nouvelle, qui permet d’évoquer à la fois la vie de la mine et la pensée de Jaurès.

Le synopsis

PROLOGUE

Jaurès est assassiné. La nouvelle parvient à la mine, qu’on découvre à cette occasion, plongée dans la consternation.

1ère PARTIE : LA GRANDE GUERRE

Cette première partie évoque ce qu’on pourrait appeler l’échec de Jaurès. Il est assassiné. La guerre et les atrocités qu’il dénonçait ont lieu. Son assassin est acquitté…

1 – La naissance de la vieille dame

La vieille dame raconte au jeune homme les conditions de sa naissance accidentelle, devant la mine, dix minutes avant l’assassinat de Jaurès. Cette scène d’exposition permet de découvrir les personnages et le message de paix de Jaurès.

2 – Ceux qui ne sont pas revenus

La scène est introduite par le dialogue entre le jeune homme et la vieille dame, orpheline de guerre. Des lettres de soldats du front, les noms des habitants de Cagnac qui ne sont pas revenus, ainsi que des anticipations de Jean Jaurès évoquent l’extrême violence du conflit.

3 – L’acquittement de Villain

L’acquittement de Villain est l’occasion d’évoquer les tensions qui divisent une société profondément traumatisée par la guerre – patriotisme cocardier, antisémitisme, bolchevisme, pacifisme – et de les mettre en rapport avec la pensée de Jaurès, dont le souvenir est encore très proche et très sensible.

2è PARTIE : PLUTOT HITLER QUE LE FRONT POPULAIRE

Les luttes sociales des années 30, le fascisme et la seconde guerre mondiale donnent une actualité saisissante à la pensée de Jaurès sur les liens entre l’injustice sociale, l’exploitation capitaliste et la question de la paix.

1 – La guerre du temps

Jaurès établissait un lien entre l’exploitation des travailleurs, toujours féroce dans les mines, et les violences de la guerre. Cette scène évoque « l’emploi du temps » des mineurs et de leur famille, tout entier organisé autour d’un travail harassant, mais aussi les évolutions positives nées des luttes ouvrières. Il est émaillé de prises de position de Jaurès et débouche sur le Front populaire.

2 – Le Front populaire

Ce tableau est une évocation des grèves de 36 et des accords qui en provoquent la fin. Elle met en scène un banquet populaire où sont portés des toasts qui informent le public sur les acquis du Front populaire, notamment en terme de libération du temps. Mais dans le même temps et contre ces avancées montent le nazisme et le fascisme…

3 – Plutôt Hitler que le Front populaire

La scène montre les liens entre le patronat et l’extrême-droite qui, dans les années 30, donnent une illustration très éclairante des thèses de Jaurès sur la corrélation entre les intérêts du capitalisme et la guerre.

4 – Autour de la statue de Jaurès

Cette scène est inspirée d’un fait réel : la menace par les occupants de fondre une statue de Jaurès située à Albi et édifiée à la suite d’une souscription populaire. Elle permet d’évoquer la résistance à l’occupation en lien avec le personnage de Jean Jaurès et avec le souvenir de son action sociale et pacifiste.

3è PARTIE : LE MONDE A CHANGE DE BASE

Le monde Jaurès – rôle prééminent de la classe ouvrière, règne de l’industrie, domination coloniale – disparaît peu à peu. La question de la guerre et de la paix se déplace. La pensée du grand homme ne peut plus être considérée comme une recette, mais elle reste une inspiration…

1 – Deux explosions

Deux explosions symbolisent la fin du monde de Jaurès : le 24 novembre 1965, un coup de grisou fait douze morts parmi les mineurs du Carmausin alors que partout en France la production charbonnière est menacée ; le 30 septembre 1981, la statue de Jaurès à Carmaux est détruite par un attentat. C’est aussi le commencement de la crise et de la phase actuelle de mondialisation.

2 – Correspondance

La vieille dame donne à son petit fils une correspondance entre son père et Jaurès où est évoquée l’affaire Dreyfus et l’évolution du député du Tarn par rapport à l’antisémitisme. Cette évolution est mise en rapport avec les tensions et les avancées qui caractérisent la mondialisation actuelle des relations humaines : l’arrière petit fils de la vieille dame est un métis…

EPILOGUE

L’épilogue reprend le thème du final du spectacle « ils ont  tué Jaurès » : le discours à la jeunesse, adressé cette fois à l’étudiant, comme témoignage ultime de « l’actualité de la pensée de Jaurès ».

* Biographie de Jean-Louis Sagot-Duvauroux sur Wikipedia